L’OGBL Secteur Financier et le LCGB tirent la sonnette d’alarme face à l’évolution des effectifs, à la dégradation des conditions de travail et aux menaces qui pèsent sur l’emploi chez les Big Four.
Dans ce contexte, l’OGBL Secteur Financier organise le 15 septembre 2026 une table ronde afin de permettre un échange sur ces différentes problématiques et l’avenir du secteur de l’audit au Luxembourg. Le LCGB s’associe à cette démarche et participera à cette réflexion commune, dans un objectif partagé de défense des emplois, de protection des salariés et de renforcement du dialogue social.
Cette démarche commune traduit une volonté de placer les préoccupations des salariés au cœur des discussions et d’ouvrir un échange constructif quant aux transformations que connaît aujourd’hui le secteur.
Selon une analyse de la fondation Idea relayée cet été dans la presse, les effectifs des Big Four au Luxembourg ont diminué de 8 % en deux ans, avec notamment une baisse de 14 % chez PwC, 8 % chez KPMG et 6 % chez Deloitte.
Les directions de ces cabinets évoquent un « retour à la normale » après les recrutements massifs post-Covid ainsi que l’évolution des besoins. Mais ces explications ne peuvent toutefois suffire à répondre aux nombreuses interrogations qui remontent du terrain.
Où sont passés les emplois ?
Chez PwC, les chiffres officiels font état de 530 départs en deux ans. Face à une telle diminution des effectifs, l’OGBL Secteur Financier et le LCGB demandent que toute la lumière soit faite sur la nature de ces départs. Renvoient-ils à des départs volontaires ? Des licenciements individuels ? Des non-remplacements ? Des réorganisations ? Des externalisations ? Ou bien encore automatisations ?
Une réduction progressive des effectifs ne doit pas permettre de contourner les obligations liées aux licenciement collectifs qui sont prévues par le droit du travail.
Lorsque des départs successifs, des non-remplacements et des réorganisations aboutissent progressivement au même résultat qu’une restructuration, il est légitime de s’interroger sur la manière dont sont appliquées les protections prévues pour les salariés.
Les syndicats demandent donc aux autorités compétentes d’examiner précisément l’évolution des effectifs chez les Big Four et d’identifier les mécanismes réellement à l’œuvre derrière ces chiffres.
Une pression croissante sur les salariés
Au-delà des statistiques, ce sont les conditions de travail qui préoccupent particulièrement les syndicats.
L’OGBL et le LCGB reçoivent régulièrement des témoignages de salariés confrontés à une pression professionnelle importante, à des objectifs de performance toujours plus élevés et à des situations de mise à l’écart ou de licenciement contestées.
Dans certains cabinets, les salariés doivent notamment atteindre des « taux d’utilisation » dont ils ne maîtrisent ni l’attribution ni l’évolution. Des objectifs qui peuvent varier, des périodes d’inactivité qui ne dépendent pas du salarié et une pression constante sur la performance peuvent créer un environnement professionnel particulièrement difficile.
Le risque est alors de faire peser sur les salariés la responsabilité de situations qu’ils ne contrôlent pas.
Cette pression permanente peut avoir des conséquences sérieuses sur la santé des travailleurs et conduire à des situations d’épuisement professionnel, voire de burnout.
Les organisations syndicales sont également interpellées par des situations dans lesquelles des salariés, après une longue période d’incapacité de travail et une fois atteinte la période de protection prévue par la loi, se retrouvent confrontés à un licenciement.
Pour l’OGBL et le LCGB, il est inacceptable qu’un salarié fragilisé par une situation d’épuisement professionnel puisse, au terme de sa période de protection, se retrouver privé de son emploi. La santé des salariés ne peut pas être sacrifiée au nom de la performance et de la rentabilité.
Des résultats financiers qui interrogent
Ces préoccupations sont d’autant plus légitimes que les Big Four affichent des résultats financiers solides. PwC a réalisé 765,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, KPMG 373 millions d’euros et Deloitte 535 millions d’euros.
Dans ce contexte, la diminution des effectifs, le non-remplacement de certains départs, l’externalisation de certaines activités vers l’étranger et l’automatisation croissante de certaines tâches doivent faire l’objet d’un débat transparent.
La transformation technologique et l’intelligence artificielle peuvent modifier profondément les métiers de l’audit, de la comptabilité et du conseil. Mais cette transformation ne peut pas se traduire par une disparition progressive des emplois au Luxembourg sans véritable dialogue social.
L’innovation ne peut pas servir de justification à une dégradation des conditions de travail ou à une précarisation progressive des salariés.
Des activités qui quittent progressivement le Luxembourg
Plusieurs cabinets développent depuis plusieurs années des centres de services dans des pays où les coûts salariaux sont nettement inférieurs à ceux du Luxembourg.
Certaines activités d’audit, de comptabilité ou de support sont ainsi réalisées à distance depuis différents pays, tandis que l’automatisation permet parallèlement de réduire la part de certaines tâches standardisées.
Pris séparément, chacun de ces phénomènes peut sembler relever d’une évolution normale des entreprises.
Mais lorsque ces évolutions s’accompagnent d’une baisse importante des effectifs au Luxembourg, elles doivent être analysées dans leur ensemble.
Les Big Four occupent une place importante dans l’écosystème financier luxembourgeois et comptent parmi les employeurs majeurs du secteur. La disparition progressive d’emplois qualifiés au Luxembourg ne peut donc pas être considérée comme une simple donnée statistique.
Des délégations « neutres » qui posent question
L’OGBL et le LCGB souhaitent également attirer l’attention sur une autre difficulté rencontrée chez certains Big Four : l’existence de délégations du personnel dites « neutres », sans représentation directe des syndicats disposant de la représentativité nationale.
Cette situation soulève des questions quant à l’équilibre du dialogue social et à la capacité des salariés à bénéficier d’un accompagnement syndical lorsqu’ils le souhaitent. En privilégiant des délégations sans représentation syndicale, les employeurs maintiennent un rapport de force qui leur est largement favorable et réduisent la capacité des syndicats à défendre effectivement les salariés au sein de l’entreprise.
Le problème est particulièrement concret lorsqu’un salarié, membre de l’OGBL ou du LCGB, rencontre une difficulté avec son employeur et demande l’assistance de son syndicat.
Il devient ainsi impossible pour le syndicat d’assister directement son membre lors des entretiens avec l’employeur.
Pour l’OGBL et le LCGB, une délégation dite « neutre » ne doit pas devenir un moyen de neutraliser la présence syndicale et de laisser l’employeur disposer seul du rapport de force. La liberté syndicale doit être effective et permettre aux salariés d’être réellement accompagnés par le syndicat de leur choix.
L’OGBL et le LCGB demandent en tant que syndicats représentatifs au niveau national :
- la sauvegarde des emplois et le maintien des activités au Luxembourg ;
- une analyse permettant de déterminer les causes réelles de la baisse des effectifs et de distinguer clairement départs volontaires, licenciements, non-remplacements, externalisations et automatisation ;
- la garantie qu’aucune entreprise ne puisse contourner les procédures de licenciement collectif par une réduction progressive des effectifs ;
- une meilleure protection des salariés confrontés à l’épuisement professionnel et au burnout ;
- un véritable dialogue social sur les conséquences de l’intelligence artificielle, de l’automatisation et de l’externalisation ;
- une réflexion sur les seuils prévus à l’article L. 166-1 du Code du travail afin que les stratégies de réduction progressive des effectifs ne puissent pas échapper aux protections prévues par la loi ;
- une véritable reconnaissance du rôle des organisations syndicales représentatives dans les entreprises et la possibilité pour les salariés d’être effectivement accompagnés par le syndicat de leur choix.
Les emplois ne sont pas des chiffres. Les salariés ne sont pas des variables d’ajustement.
L’OGBL et le LCGB appellent les autorités à examiner sérieusement l’évolution des effectifs au sein des Big Four et à garantir que les droits des salariés et les principes du dialogue social soient pleinement respectés.
Une table ronde à l’initiative de l’OGBL avec la présence et le soutien du LCGB
C’est précisément pour permettre un échange public sur ces questions qu’une table ronde aura lieu le mardi 15 septembre 2026, de 17h30 à 19h30, à la Chambre des salariés (CSL), 2-4 rue Pierre Hentges.
Le LCGB participera à cette réflexion commune.
Cette rencontre réunira des salariés du secteur et des experts en droit du travail afin d’échanger sur l’évolution de l’emploi, les conditions de travail, les transformations des métiers et l’avenir du secteur de l’audit au Luxembourg.
Cette table ronde doit permettre de dépasser les simples chiffres et de mettre au centre du débat celles et ceux qui sont directement concernés : les salariés.
L’OGBL et le LCGB invitent l’ensemble des salariés du secteur à participer nombreux à cette rencontre.
Les salariés ont droit à la transparence.
Les salariés ont droit au respect.
Et les transformations du secteur ne peuvent pas se faire à leur détriment.