114e Conférence internationale du Travail à Genève : le travail sur les plateformes au cœur des discussions

Les États membres de l’Organisation internationale du Travail (OIT), ainsi que les représentants des travailleurs et des employeurs, se sont réunis du 1er au 12 juin 2026à Genève à l’occasion de la 114e Conférence internationale du Travail (CIT). Comme chaque année les organisations syndicales luxembourgeoises OGBL et LCGB ont eu l’occasion d’assister à la conférence et de participer aux discussions. Parmi les principaux points à l’ordre du jour de la conférence figuraient notamment le travail sur les plateformes numériques, le dialogue social et le tripartisme, ainsi que la promotion de l’égalité des genres dans le monde du travail.

L’OGBL était représenté à la CIT par Véronique Eischen-Becker et Pitt Bach, membres du Bureau exécutif, ainsi que par Sonia Neves, secrétaire centrale. Le LCGB était représenté par Angelo Zanon et Gaby Schaul-Fonck. Katia Neves, chargée de mission, représentait le Secrétariat européen commun de l’OGBL et du LCGB.

Adoption historique d’une nouvelle convention sur le travail décent dans l’économie des plateformes

Un moment particulièrement marquant de cette conférence a été l’adoption de la Convention de l’OIT sur le travail décent dans l’économie des plateformes. Le texte a été adopté par 406 voix pour, 4 voix contre et 36 abstentions, témoignant d’un soutien très large de la communauté internationale en faveur d’une meilleure protection des travailleurs des plateformes à travers le monde. Les organisations syndicales OGBL et LCGB,  le gouvernement luxembourgeois, ainsi que les représentants des employeurs du Luxembourg, ont  également apporté leur soutien à cette convention.

Cette convention reconnaît et rend visibles des millions de travailleurs qui ne sont souvent pas suffisamment protégés. Elle vise notamment à lutter contre la fausse qualification des travailleurs de plateforme en tant que travailleurs indépendants, à encadrer la gestion algorithmique, à renforcer la transparence des plateformes et à garantir l’application effective des droits fondamentaux au travail, y compris la liberté syndicale et la négociation collective. Elle prévoit également des garanties en matière de rémunération, de protection sociale, de protection des données personnelles ainsi qu’en matière de santé et de sécurité au travail. Combinée à la directive européenne sur l’amélioration des conditions de travail des travailleurs des plateformes, qui devra être transposée en droit national d’ici la fin de l’année, la nouvelle convention de l’OIT permet désormais au gouvernement luxembourgeois de disposer de plusieurs instruments afin de garantir une protection adéquate des travailleurs des plateformes. Les syndicats luxembourgeois espèrent à cet égard pouvoir mener des discussions constructives avec les représentants patronaux et le gouvernement dans le cadre de la transposition de cette directive.

Une résolution de l’OIT pour renforcer le dialogue social

Les participants à la CIT ont également adopté une résolution sur le dialogue social et le tripartisme. Cette résolution souligne que le dialogue social, fondé sur la liberté d’association et la négociation collective, demeure un levier indispensable pour répondre aux transformations profondes du monde du travail, qu’elles soient technologiques, économiques, climatiques ou géopolitiques. Les conclusions réaffirment également le rôle central du tripartisme dans l’élaboration de politiques du travail efficaces, inclusives et durables. Par ailleurs, les conclusions reconnaissent et soulignent une fois de plus l’importance du caractère représentatif des organisations impliquées dans le dialogue social, condition indispensable à sa légitimité, à sa crédibilité et à son efficacité.

La résolution rappelle toutefois que de nombreux défis persistent, notamment les restrictions à la liberté syndicale et les obstacles rencontrés par les travailleurs de l’économie informelle, et appelle les États notamment à renforcer les institutions du travail et à promouvoir un environnement propice au dialogue social.

L’OIT renforce son engagement en faveur de l’égalité des genres dans le monde du travail

Constatant que les inégalités persistent malgré certains progrès, l’OIT a adopté une résolution en matière d’égalité des genres dans laquelle elle appelle à des actions ambitieuses pour lever les obstacles qui freinent notamment l’accès des femmes à un travail décent.

Les conclusions adoptées mettent l’accent sur plusieurs priorités : l’égalité salariale pour un travail de valeur égale, la lutte contre les discriminations, la violence et le harcèlement au travail, le renforcement de la protection sociale, le développement de services de soin accessibles, ainsi qu’un meilleur accès des femmes aux emplois d’avenir, notamment dans les secteurs du numérique, des sciences et de la transition écologique.

Commission sur l’application des normes internationales

Enfin, comme chaque année, plusieurs situations nationales ont également été examinées par la commission de l’application des normes dont l’objectif et d’examiner des cas où le non-respect des normes internationales du travail est constaté. Cette année, 23 cas individuels ont été examinés. Parmi eux figurait notamment l’analyse du respect de la Convention n° 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical. Les discussions ont mis en évidence des manquements à l’application de cette convention dans plusieurs pays, dont la Colombie, le Kirghizistan, la Fédération de Russie, le Libéria et le Yémen, qui figuraient sur la liste des cas examinés.

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