Une nouvelle note d’information destinée aux investisseurs met en évidence des lacunes systémiques dans les domaines de la sécurité, de l’emploi, du dialogue social et de la protection du climat. C’est pourquoi les syndicats internationaux industriALL Global Union et industriAll European Trade Union ont appelé à une journée d’action mondiale pour le respect des travailleurs et de leurs droits.
L’assemblée générale annuelle d’ArcelorMittal, qui s’est tenue aujourd’hui au Luxembourg, était au centre de cette action. Des représentants internationaux d’IndustriALL Global Union, d’industriAll European Trade Union et de nombreux autres syndicats, dont le LCGB, ont soutenu l’action de protestation devant le siège luxembourgeois.
IndustriALL Global Union et industriAll European Trade Union ont publié un document détaillé à l’intention des investisseurs, qui s’appuie sur les témoignages de travailleurs de différents pays et met en évidence un fossé flagrant entre les engagements publics d’ArcelorMittal et la réalité vécue par son personnel.
Les syndicats exigent d’ArcelorMittal des mesures concrètes dans quatre domaines essentiels :
- Sécurité et vie des travailleurs : Entre 2013 et 2023, plus de 300 travailleurs sont décédés dans les sites d’ArcelorMittal à travers le monde. En octobre 2023, 46 travailleurs ont perdu la vie lors d’un incendie survenu dans la mine de charbon de Kostenko, exploitée par l’entreprise au Kazakhstan. En juin 2025, après des travaux de maintenance reportés pendant des années, une explosion de chaudière qui aurait pu être évitée s’est produite dans l’usine de Lázaro Cárdenas de l’entreprise au Mexique ; un contremaître a perdu la vie et un ouvrier a été grièvement blessé, ce qui a entraîné un arrêt de production de plus de six mois. Au Brésil, rien que l’année dernière, 22 accidents du travail ont été signalés au syndicat local, auxquels s’ajoutent de nombreux accidents évités de justesse, notamment des pannes de grue, des fuites d’acier en fusion et la chute de charges lourdes.
- Dialogue social et droits des travailleurs : ArcelorMittal a à plusieurs reprises écarté son comité d’entreprise européen (CEE), enfreignant ainsi tant le droit européen que son propre accord CEE, ce qui a contraint le CEE à demander une conciliation en mars 2026. Au Liberia, 16 travailleurs qui avaient organisé une manifestation pacifique ont été frappés et arrêtés sur ordre de SEGAL, le prestataire de services de sécurité d’ArcelorMittal. Aux États-Unis, les salariés du site ArcelorMittal de Shelby, dans l’Ohio, ont été contraints de mener la plus longue grève de l’histoire de leur syndicat local – 69 jours – avant de pouvoir conclure un accord équitable. En Inde, la coentreprise AM/NS de l’entreprise se caractérise par des pratiques antisyndicales et une opposition à la reconnaissance syndicale.
- Emplois et restructurations : bien que les sites européens contribuent de manière significative au résultat du groupe, ArcelorMittal a supprimé des milliers d’emplois sur l’ensemble du continent sans consultation significative. Entre 6 500 et 9 500 postes dans les services de soutien et de production seront supprimés ou délocalisés en Inde, ce qui représente près d’un tiers de l’effectif européen total de l’entreprise. Cette mesure est mise en œuvre sans impliquer les syndicats ni le CEE, ce qui constitue une violation du droit européen.
- Objectifs climatiques : ArcelorMittal a accepté plus de 3 milliards d’euros de subventions publiques pour la décarbonisation, tout en annulant ou en reportant plusieurs projets d’acier respectueux de l’environnement en Europe. L’entreprise n’a pris aucune décision d’investissement définitive concernant l’un de ses cinq projets annoncés de production de fer à réduction directe (DRI) en Europe et au Canada. Au cours de la période 2021-2024, elle n’a consacré que 800 millions de dollars à la décarbonisation, tandis que 12 milliards de dollars ont été reversés aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions. Son empreinte carbone est comparable à celle d’un petit pays comme la Belgique.
Ces manquements exposent ArcelorMittal à des risques juridiques, opérationnels, financiers et de réputation considérables, ainsi qu’à des risques importants pour ses investisseurs. The Global et l’Union européenne appellent les actionnaires de l’entreprise à aborder ces questions directement auprès d’ArcelorMittal lors de l’assemblée générale et au-delà.
«Au cours des dix dernières années, plus de 300 travailleurs ont perdu la vie sur les sites d’ArcelorMittal. Des milliers d’emplois sont supprimés sans consultation préalable. Les objectifs climatiques sont abandonnés, tandis que des milliards sont versés aux actionnaires. Les investisseurs ont le droit de demander pourquoi, et nous serons à Luxembourg le 5 mai pour veiller à ce qu’ils le fassent », déclare le secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie.
« Compte tenu du plan d’action de l’UE pour l’acier et les métaux, d’un cadre politique favorable, de résultats financiers solides et d’un soutien public massif, ArcelorMittal n’a aucune justification pour rester inactif en matière d’investissements dans la décarbonisation. Investir dans la décarbonisation, c’est investir dans des emplois décents et syndiqués, dans les compétences et dans l’avenir à long terme de l’acier en Europe, et l’entreprise doit désormais apporter sa contribution », a déclaré Judith Kirton-Darling, secrétaire générale d’IndustriALL Europe.
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